Conversation avec un cochon

conversation avec un cochon

Voici l’interview que j’ai réalisé dans un porcherie bretonne avec un cochon, le N°99643 mais ses amis l’appellent Nono, surement le diminutif de Norbert. Nous avons eu une longue conversation sur différents sujets, voici donc un extrait.

Tristan: “Bonjour Nono. Merci de m’accueillir malgré le manque de place dans ta maison”

Nono: Salut Tristan, oui désolé, j’ai essayé de ranger et nettoyer un peu mais avec le monde qu’il y a, c’est souvent sale.

Tristan: Pour commencer j’aimerai savoir comment tu t’es retrouvé ici?

Nono: Très bonne question, mais j’espérai que c’est toi qui m’aurais répondu. C’est un peu bizarre, tout a été très vite. Je suis né sur des grilles en acier, j’ai tété ma maman entre des grilles en acier, on m’a castré à vif et limé les dents, toujours à vif. Et là ben comme tu vois je suis toujours sur ces putains de grilles en acier dans ce petit espace sans savoir où est passée ma mère. Elle a du être condamné pour je ne sais quoi, vol à main armé, meurtre, conduite en état d’ivresse, j’en sais rien mais ça a du être un gros truc vu que même ses enfants doivent faire de la prison.

Tristan: Oui je vois la situation, je ne crois pas que ça soit cela, ça doit être bien plus grave, car c’est toute ton espèce qu’on traite ainsi et c’est de pire en pire.

Nono: Quelque part tu me rassures car ma maman avait l’air vraiment gentille et douce. Ca me rassure de savoir qu’elle n’y est pour rien. J’en ai toujours les larmes aux yeux en imaginant son calvaire, excuse-moi je ne suis pas du genre émotif, mais on a tous des moments de faiblesse.

Tristan: Tu n’as pas à t’excuser. Comment se passe ton quotidien ici?

Nono: Difficile à dire, je n’ai aucun élément de comparaison, je ne connais que cet endroit. On est les uns sur les autres, on se bagarre souvent, on a du mal à bouger. Certains sont très stressés. L’hygiène, ce n’est pas ça. On vit littéralement dans la merde et ce n’est pas une métaphore, il y en a qui n’y survivent pas.

Tristan: Tu as des passes temps?

Nono: Eviter de me faire mordre par un de mes colocs. Bouffer, oui, on bouffe, on bouffe, on fait que ça. J’essaie d’imaginer une vie meilleure.

Tristan: A ce propos, comment vois-tu ton avenir?

Nono: Quand je sortirai, j’irai vivre seul dans un endroit où il y a des arbres, de l’herbe, de l’eau. Je me ferai une petite cabane et j’y mettrai du foin.

Tristan: Tu as déjà vu de l’herbe? des arbres?

Nono: Pas vraiment, mais chaque semaine il y a un camion qui vient pour en libérer certains et on les entend nous raconter comment c’est dehors. Alors, je me fais un peu ma propre image dans ma tête, ça m’aide à ne pas devenir fou.

Tristan: En quelque sorte, oui, le camion vient pour te libérer…

Nono: Tant mieux, en général on ne reste pas longtemps ici, environ 4 à 6 mois. Dans un mois environ je serai libre.

Tristan: Changeons de sujet. Que répondrais-tu à quelqu’un qui trouve que ton environnement répond à tes besoins?

Nono: Cet environnement-là? Je dirai que c’est un sacré trou du cul, qu’il y vienne ne serait-ce qu’une journée dans cet enfer, il va vite changer d’avis

Tristan: Pourtant ils sont nombreux à le penser.

Nono: Alors je comprends pourquoi les choses ne changent pas et que, comme tu dis, c’est de pire en pire.

Tristan: Mais certaines personnes en doutent de plus en plus.

Nono: Ben tu m’étonnes, il faut vraiment être con pour croire qu’on vit au paradis, je me fais une autre idée du paradis. Tout ce que je vois autour de moi ressemble étrangement à l’idée que je me fais de l’enfer.

Tristan: Tu vois des humains de temps en temps?

Nono: Oui, des fois.

Tristan: Comment se passent vos relations?

Nono: On n’en a pas tellement. On est tellement nombreux. Ils ne savent même pas que je m’appelle Nono.

Tristan: C’est peut-être qu’ils te repèrent au numéro que tu as sur l’oreille.

Nono: Un numéro, ça résume bien la relation qu’on a avec eux. Ca répond à ta question.

Tristan: Beaucoup affirment qu’ils vous aiment, que vous êtes tout pour eux, qu’ils ont une vraie relation.

Nono: (rires) Ah en tout cas tu es le premier humain a m’avoir fait rire. Une vraie relation? Vous vous comportez ainsi entre vous?

Tristan: Non pas vraiment.

Nono: Tant mieux car je ne ferai pas vivre ce que je vis à mon pire ennemi alors me parler d’une vraie relation…je ne vous comprends pas, vous les humains. Vous avez l’art de déformer la vérité à votre avantage. A ce qu’il parait, la plupart d’entre vous veulent nous bouffer, c’est de l’amour ça?

Tristan: Ca soulage certaines consciences.

Nono: Oui, j’ai bien l’impression. De toute façon, s’ils voulaient nous bouffer, on n’aurait pas bon gout, avec tout ce qu’on nous refile ici…

Tristan: Pour te rassurer, je n’en fais pas partie.

Nono: Ah parce qu’il y en a qui veulent vraiment nous bouffer?

Tristan: Ils sont de moins en moins nombreux.

Nono: Vous êtes des tarés les gars.

Tristan: J’ai une dernière question. Qu’attends-tu de la vie?

Nono: Déjà, me barrer d’ici, peu importe comment et où, mais ne pas rester ici. Je n’ai aucune idée d’où est ce qu’on va nous emmener mais ça ne peut pas être pire. J’ai envie d’espace, de bouger, de jouer, de respirer, de gratter la terre, de plonger dans l’eau, dans la boue, se marrer avec les potes faire des trucs fun quoi. Fais passer le message auprès des tiens qui pensent comme tu m’as dit tout à l’heure.

Tristan: J’y travaille, j’y travaille. Merci Nono de cet échange.

Nono: Merci Tristan, ça m’a passé le temps, à bientôt j’espère…dans un autre endroit où je pourrais mieux te recevoir.”

Il y a environ 24 millions de Nono élevés et tués chaque année en France. L’élevage porcin est un des plus concentrationnaires. 95% des porcs n’ont pas accès à l’extérieur et restent enfermés toute leur (courte) vie dans des hangars sur des caillebotis. Mais le jambon beurre reste le 2ème sandwich le plus consommé en France, le 1er? le burger…pas mieux.

   

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